Un WE encore une fois riche en débats. C’est un moment de relâchement pour beaucoup d’entre nous permettant de prendre le temps de lire les articles intéressants, d’échanger des tweets plus personnels sur des questions de sociétés, ou encore de prendre un peu de recul  par rapport à la masse d’informations que nous recevons jour après jour sur l’avenir des soins de santé.

Avec Nathalie Schirvel & et quelques autres médecins ce WE  dont les fidèles Arnaud Bosteels, David  Simon et d’autres, nous avons parcourus les questions qui méritent un débat de fond. Ils se reconnaitront dans le résumé du WE et nous les remercions pour leurs contributions régulières faisant avancer les débats.

 1.- Définition de l’intelligence artificielle et de la révolution digitale :

Nous mettons de tout dans la définition de l’intelligence artificielle et les confusions sont nombreuses. Il en va de même pour la révolution digitale.

Il est un fait que cette révolution est en marche depuis une vingtaine d’années maintenant mais que comme dans toute révolution technologique, les enjeux économiques et sociaux apparaissent une fois la potentialité de la révolution identifiée. Ceux-ci sont exacerbés par la difficulté de nos états providences de faire face aux exigences sociales des citoyens qui se sont multipliées pour de multiples raisons.

 L’IA va-t-elle révolutionner la médecine et faire disparaître les médecins ?

Non, mais elle va modifier fondamentalement les frontières des missions (BHCT competence shift). Là où la machine peut surpasser le médecin, celui-ci devrait voir du temps se libérer pour son patient. « La guerre des intelligences », est en réalité une modification de l’écosystème qui amène deux intelligences autonomes à collaborer.

Ce n’est pas une compétition mais une question d’usage où l’homme aura toujours son mot à dire mais pas nécessairement le médecin. Ainsi, il ne faut pas exclure que dans certaines circonstances et pour des raisons d’efficience, un gouvernement, voir le patient payeur, choisit le recours à la machine plutôt qu’au médecin.  

Un chapitre que nous aborderons plus longuement aux travers d’un débat lancé ce WE, croisant les aspects technologiques, économiques et sociaux et repositionnant les différents intervenants tant des soins de santé que du monde marchand, avec un patient pilote.   

 2.- La pluridisciplinarité et le trajet de soins.

BHCT défend une approche médicale, sociale et économique par pathologie, initiée par le diagnostic et dont le patient est le pilote.

Aux pathologies les plus courantes correspondent des itinéraires ou des programmes de soins avec une prise en charge pluridisciplinaire impliquant tous les intervenants, chacun étant susceptible d’apporter une plus-value au trajet établi.

Le trajet de soins n’est pas spécialement synonyme d’un payement forfaitaire.

Par contre, il devrait être synonyme d’une continuité des soins, d’une réduction (maitrise) des surconsommations – et pas nécessairement en réduisant les intervenants-, d’une autonomisation et, en conséquence, d’une responsabilisation du patient plus à même de suivre son propre itinéraire et de le comprendre.

Le big-data et l’interconnectivité permettront une personnalisation subséquente et une perception d’assistance médicalisée pour le patient de 24/24-7/7.

Le confort est également pour les différents intervenants qui comprennent mieux ce que l’on attend les uns des autres dans un itinéraire complet.

Toutes les pathologies ne sont pas facilement intégrables dans un itinéraire de soins complet mais les maladies chroniques et certaines pathologies électives courantes le sont bien et elles représentent un pourcentage important des dépenses en soins de santé.

 3.- Les honoraires des médecins

Débat délicat ici aussi et pas qu’en Belgique. Nous avons partagé un article intéressant du NY times ce matin concernant les modalités de payement.

Le débat est difficile car les différents systèmes de soins de santé cherchent une solution universelle qui, selon BHCT, est en réalité une forme d’inefficience.

Aux USA mais aussi en Europe plusieurs systèmes ont été expérimentés, du payement à l’acte à la capitation en passant par les bundle payement pour les pathologies à faible variabilité et récemment l’introduction d’un value based reimbursement.  

L’approche par pathologie, dont question ci-dessus, permet en effet d’envisager un système mixte en fonction d’une catégorisation sur deux, voire trois axes si on y ajoute l’apport de l’analyse du NY Times de ce matin.

L’axe catégorisation des soins : pour rappel préventifs, chroniques, électifs et à enjeux vitaux.

L’axe complexité : de faible à forte variabilité ou par degré (1 à 5)

L’axe environnemental du NY Times : Selon l’environnement du patient, le trajet le plus efficient n’est pas le même à pathologie et outcome identique et donc nécessitera une redistribution des ressources (lissage solidaire).

 4.- Autonomisation et responsabilisation du patient

L’autonomisation du patient veut que le patient devienne plus autonome dans ses choix et surtout dans le suivi de sa propre santé. Cette autonomisation est rendue possible par une information plus accessible et vulgarisée. Il est indiscutable que les nouvelles technologies facilitent cette transmission d’informations et donc l’autonomisation.

Mais qui dit autonomisation du patient, approche collectiviste, dit aussi nouvelles répartition des responsabilités individuelles. Le patient qui prend des décisions est responsable de ses choix, tant sur le plan médical que sur le plan financier et de confort.

La solidarité voudrait que le financier ne soit pas ce qui dicte le choix du patient par défaut.

Assurer un accès abordable aux soins de santé est, par conséquent, une priorité.

Par contre, le comportement du patient pourrait, dans certaines circonstances, conduire à des incitants ou sanctions financières.

Si le politiquement correct fait qu’officiellement une telle sélection de patients est passée sous silence, elle est néanmoins réelle. L’alcoolique est  exclu d’une greffe de foie, l’obèse paye des surprimes d’assurance ainsi que le fumeur… Ces politiques iront, sans doute, en s’officialisant et en se généralisant, modifiant nos approches de solidarité générale pour des approches de solidarité conditionnées.

5- Structures hospitalières.  

Une dernière question invoquée ce WE est la disparition des structures hospitalières de proximité.

BHCT ne peut s’accorder avec cette conclusion. Elles continueront à exister mais sous d’autres formes comme des maisons médicalisées dont les compétences s’élargiront, des cliniques spécialisées ou ultra-spécialisée, des maisons de naissance, des centres diagnostiques,…

Ce faisant, les hôpitaux retrouvent une vocation première, celle de prendre en charge les pathologies nécessitant soins intensifs, chirurgicaux électifs, urgences. Une réaffectation des espaces hospitaliers sera une réalité. Les hôpitaux pourraient pourtant conserver un rôle majeur dans les services support au profit des professionnelles de la santé, notamment en organisant de plateaux virtuels de télémédecine (contact center 4.0) ou des services administratifs centralisés.

Un weekend riche en débats, ayant permis à BHCT de résumer quelques-uns des axes sur lesquels elle travaille en construisant les ponts entre le Health et le Wealth.

Pour les curieux, la semaine qui s’annonce abordera les fonds privés d’investissement en healthcare comme outil d’auto-investissement pour les médecins ainsi que le symposium du 20 juin organisé par  l’ABH sur le management hospitalier du futur.

 

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